Tran­si­tion éner­gé­tique : fiches de lecture

Deux ouvrages à conseiller ce mois-ci :

Tran­si­tion Ener­gé­tique : Comment fait l’Al­le­magne ? par Vincent Boulan­ger

Transition-allemandeLe mythe ancien « la France exporte son nucléaire vers l’Al­le­magne » a vu appa­raitre en 2015 un mythe moder­nisé « la sortie du nucléaire alle­mande fait explo­ser sa consom­ma­tion de char­bon » avec en corol­laire les nuages de parti­cules qui vien­draient enva­hir la France. Pour répondre à ce mythe et présen­ter sous forme de démons­tra­tion la rela­tive cohé­rence de la poli­tique éner­gé­tique alle­mande, Vincent Boulan­ger présente l’Ener­gieWende/ener­gie­kon­zept de ce pays. Pour les éner­gé­ti­ciens, Vincent Boulan­ger est un jour­na­liste français installé en Alle­magne qui a été le rédac­teur en chef adjoint du maga­zine Systèmes solaires et le rédac­teur en chef de La Maison écolo­gique.

Parmi les points marquants, propres à rendre envieux des français :

  • l’Al­le­magne est encore assise sur un tas d’éner­gie fossile, surtout la lignite. Elle n’en est pas à spécu­ler sur du gaz de schiste comme en France, sa lignite est exploi­tée et concur­ren­tielle.
  • Les parts du nucléaire ET du char­bon ont baissé, la part des renou­ve­lables a suivi les ambi­tions poli­tiques, passant de 3% en 1991 à 26% en 2014
  • La consom­ma­tion d’élec­tri­cité a aussi baissé, le réseau élec­trique s’adapte aux contraintes nouvelles des renou­ve­lables
  • La gouver­nance de l’éner­gie a aussi large­ment évolué, entre remu­ni­ci­pa­li­sa­tion et produc­tion citoyenne.

Le livre est telle­ment rempli de fait qu’il a parfois une lecture tech­ni­cienne. La dimen­sion poli­tique n’est pour­tant pas occul­tée, tant pour railler les poli­tiques français que pour souli­gner les mouve­ments sociaux alle­mands.

A voir et comman­der sur le site de l’édi­teur : Les petits matins.

En mars 2015, plusieurs régions françaises connaissent un pic de pollu­tion aux parti­cules fines. Une rumeur enva­hit alors les réseaux sociaux : et si cette pollu­tion prove­nait des centrales à char­bon alle­mandes ? Logique, après tout : puisque l’Al­le­magne a décidé de sortir du nucléaire, ses centrales à char­bon doivent tour­ner à plein…
Pour­tant, depuis plusieurs années, l’Al­le­magne s’est lancée dans un projet ambi­tieux : réduire d’au moins 80 % ses émis­sions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 tout en sortant du nucléaire. Cette tran­si­tion éner­gé­tique outre-Rhin, ou Ener­gie­wende, nour­rit de nombreux fantasmes en France. Pour les uns, le prix de l’élec­tri­cité flam­be­rait et l’Al­le­magne serait sous la menace d’un black-out géné­ra­lisé en raison de « l’in­ter­mit­tence » des éner­gies renou­ve­lables ; pour d’autres, chaque foyer alle­mand serait désor­mais en capa­cité de produire sa propre éner­gie.
Loin des cari­ca­tures, l’am­bi­tion de ce livre est donc de démê­ler le vrai du faux. À travers une étude précise et factuelle, Vincent Boulan­ger, jour­na­liste installé en Alle­magne et spécia­liste des éner­gies renou­ve­lables, nous aide à comprendre l’Ener­gie­wende : ses origines, ses succès, ses échecs et les zones d’in­cer­ti­tude. À l’heure où la France vient de se doter d’une loi de tran­si­tion éner­gé­tique, il nous donne tous les éléments pour tirer des leçons de l’ex­pé­rience alle­mande.

Scéna­rios de Tran­si­tion éner­gé­tique en Ville sous la direc­tion de Gilles Debi­zet

A la base de cet ouvrage il y a le projet nexus energy: « Co-financé par l’ADEME, le projet de recherche Ecoquar­tier Nexus Ener­gie a été mené par le labo­ra­toire PACTE, la SFR INNOVACS et l’équipe EDDEN de l’Uni­ver­sité de Grenoble Alpes et CNRS ainsi que le LITEN et INES du CEA et de Grenoble Ecole de Mana­ge­ment. »

donc un projet de recherche sur les ecoquar­tiers et l’in­té­gra­tion des ENR qui débouche sur cet ouvrage collec­tif et un site très complé­men­taire (et un peu moche).

Travaux acadé­miques donc plutôt théo­riques : en s’ap­puyant sur la notion d’ac­teur pivot – central, déci­sif – les cher­cheurs proposent 4 scéna­rios dans lesquels les acteurs clés sont alter­na­ti­ve­ment les grandes entre­prises, l’Etat, les collec­ti­vi­tés locales ou les acteurs coopé­ra­tifs. Cela laisse un peu sur sa faim : les scéna­rios posent des ques­tions cruciales pour la tran­si­tion, mais ouvrent juste le débat.

La tran­si­tion éner­gé­tique est loin d’être écrite. Cet ouvrage révèle les liens entre les régu­la­tions publiques, les acteurs, les tech­no­lo­gies, les réseaux et l’es­pace. Des cher­cheurs en aména­ge­ment et urba­nisme, en gestion, en tech­no­lo­gie, en sciences poli­tiques et écono­miques ont inter­rogé 50 grands témoins de l’éner­gie, de la construc­tion et de l’ur­ba­nisme. Ils ont croisé leurs analyses sur les systèmes éner­gé­tiques locaux afin d’éla­bo­rer quatre scéna­rios à l’ho­ri­zon 2040 centrés sur des acteurs pivots. Ques­tion­nant le degré et les échelles de l’au­to­no­mie éner­gé­tique, cet ouvrage inté­resse les citoyens et tous ceux qui préparent l’ave­nir au sein des collec­ti­vi­tés locales, des services de l’État, des entre­prises, des asso­cia­tions et de la recherche sur la ville ou sur l’éner­gie.